La Gestion des Risques au Sénégal : L’Analyse Genre Révèle des Défis et des Opportunités 🇸🇳
En dépit de cadres politiques ambitieux, la gestion des risques de catastrophe et des flambées épidémiques au Sénégal peine à intégrer pleinement la dimension de genre, exacerbant les vulnérabilités des femmes et des filles. C’est le constat dressé par plusieurs rapports récents, qui soulignent l’écart persistant entre les engagements nationaux et la réalité sur le terrain, tout en pointant du doigt de nouveaux efforts encourageants.
1. Un panorama de vulnérabilités différenciées
Les analyses de gestion des risques au Sénégal mettent en lumière une réalité inéquitable : les hommes et les femmes sont affectés de manière différente par les catastrophes naturelles et les épidémies. Cette disparité s’explique par les rôles sociaux, les inégalités économiques et le manque de données désagrégées par sexe.
- Poids économique et social : Les femmes sénégalaises, qui dépendent souvent de moyens de subsistance à petite échelle, sont les plus vulnérables face aux chocs climatiques. Leurs activités, telles que le maraîchage, l’élevage et la transformation de céréales, sont directement menacées par les inondations et les sécheresses. De plus, elles ont un accès plus limité aux ressources matérielles et à l’emploi.
- Risques accrus en temps de crise : Les femmes et les enfants sont jusqu’à 14 fois plus susceptibles de mourir lors de catastrophes naturelles dans les pays où leurs droits économiques et sociaux sont limités. Les épidémies de 2023 au Sénégal, notamment la dengue, le chikungunya, la rougeole et la fièvre Crimée-Congo, ont montré que les femmes, souvent premières soignantes, sont particulièrement exposées.
- Violence basée sur le genre (VBG) : La recherche a également établi un lien entre les épidémies et une augmentation potentielle des violences basées sur le genre.
2. Un cadre institutionnel prometteur, mais des défis de mise en œuvre
Le Sénégal s’est doté d’instruments politiques tels que la Stratégie Nationale d’Équité et d’Égalité de Genre (SNEEG) et le Plan National d’Adaptation (PNA). Le pays a également ratifié de nombreux accords internationaux, dont le Cadre de Sendai, et mis en place une Stratégie Nationale de Réduction des Risques de Catastrophe (SN-RRC) pour 2022-2030.
Cependant, les rapports soulignent des lacunes importantes :
- Participation limitée : Malgré une prise de conscience croissante, la participation des femmes aux mécanismes de prise de décision en matière de gestion des risques reste faible.
- Manque de données : L’absence de données désagrégées par genre entrave l’élaboration de politiques et d’interventions ciblées, rendant les programmes moins efficaces.
- Problèmes de coordination : Le Plan d’Action National Genre et Climat (PANGC) de 2022, bien qu’existant, est confronté à des limites dues à la polysémie du concept de genre. La duplication des mandats et les conflits de compétences sont également notés dans la coordination.
3. Les efforts en cours : des perspectives encourageantes
Face à ces défis, le Sénégal, en collaboration avec ses partenaires, redouble d’efforts pour améliorer l’intégration du genre.
- Collaborations et formations : L’African Risk Capacity (ARC) et la FAO travaillent de concert pour intégrer le genre dans la gestion des risques. Des ateliers de validation des analyses de genre ont été organisés, comme celui de mars 2024, et des formations ont été menées pour les coordonnateurs gouvernementaux sur le genre et les risques de catastrophes.
- Nouvelles initiatives : Une des initiatives citées dans un rapport est la mise en place d’une plateforme gratuite, "Wallu ALLO 116", pour lutter contre les VBG. Le gouvernement a également décidé de faire de l’intégration du genre un élément fondamental dans l’action de tous les ministères, créant des cellules genre pour veiller à la prise en compte de cette dimension dans les projets.
- Résilience économique : Des programmes visent à renforcer l’autonomisation économique des femmes et des groupes vulnérables, considérant cette autonomie comme une clé pour réduire les inégalités de genre.
En conclusion, si les progrès sont indéniables, un travail de longue haleine reste à accomplir. Les rapports et les initiatives récentes montrent que le Sénégal est sur la bonne voie, mais l’efficacité des politiques dépendra de leur mise en œuvre pratique, de la collecte de données précises et d’une participation accrue des femmes à tous les niveaux de la prise de décision.